Les marges
Tomber amoureux.
Salut toi,
Me revoilà. Amoureux. Transporté. Dans la NRE, comme iels disent (New Relationship Energy). Amoureux. Du dernier recueil de Coline Pierré , Danser jusqu’à soi. Chaque page comme un éblouissement.
Je n’aimerais pas être à la place de quelqu’un qui pense que les livres ne changent pas la vie. J’écris pour essayer de sauver les autres. Non, je rectifie : j’écris pour me sauver moi-même. Peut-être que ce n’est pas contradictoire. Une chose est sûre : c’est le signe d’une ambition démesurée, sans doute d’une certaine folie. Tant mieux. On est vivant pour ne surtout pas être raisonnable.
Martin Page, L’art de revenir à la vie.
Il y a des livres comme des révélations. Comme des coups de foudre qui s’étirent en vieux couple. Tu ouvres une page, deux, et tu sais : désormais, ils font partie de ta vie. J’en ai quelques uns. Que je feuillette régulièrement, que j’ai utilisé encore et encore dans les ateliers, que j’ai envie d’offrir à tout le monde.
A ses côtés dans ma boîte à trésors, j’ai : Douceur de la musculation1 et Nonbinaires de Martin Page, Nous vous parlons d’amour de Jeanne Benameur, On a peur mais ça va d’Andrea Thominot, Faut-il des murs pour faire une maison d’Alix Lerasle, Et recoudre le soleil de Gaëlle Josse, que j’ai perdu mais qui m’accompagne encore.


Je crois que ce n’est pas un hasard, que ça arrive là. Il y a quelques jours, j’ai couru 100km. Et puis il y a eu mon anniversaire - deux bonnes occasions de faire un bilan. J’ai l’impression que cette année, j’ai fait beaucoup ça. Danser jusqu’à moi. Courir, ou plutôt, me frayer un chemin jusqu’à moi. Explorer, essayer, expérimenter, mouvementementer2.
Aujourd’hui j’ai 32 ans.
Cette année j’ai changé de prénom, de banque, d’assurance - pour des organismes plus éthiques. J’ai récupéré mon diagnostic TDAH et réalisé un diagnostic TSA. Participé à mon premier 24h de course à pied, que je n’ai pas fini, et à mon premier 100km, que j’ai fini. Evolué dans mon travail salarié, laissé mon enfant une puis deux nuits consécutives pour la première fois - et bientôt trois. Rencontré mon amoureuse, pris dans mes bras une précieuse amie. Je suis monté à plus de 3000m sur la pic d’Estats, et j’ai touché très bas, en moi. J’ai commencé 166 projets et j’en ai probablement abandonné 132. J’ai remis ma vie en question 172 fois, mais j’ai aussi eu l’impression, parfois, de tenir un cap. De dérouler un fil.
De quoi faut-il se défaire
Que devons nous désapprendre
Quelles habitudes effacer
Quelles contraintes refuser
Pour n’être rien d’autre que soi
Coline Pierré, Danser jusqu’à soi.
Je ne sais
Toujours pas.
Mais peu importe. Les questions que j’ai dans le corps (…) je les danse encore et encore (…) jamais jamais commencer à se figer.3 J’ai eu 32 ans. Je crois que je suis un peu plus moi.
Dans un petit livre que m’a offert ma tante, édité à la main, au crayon à papier - Pas ça le temps, de Michel Zerrapan, j’ai lu un jour cette phrase : Il a fallu beaucoup de hiers pour être aujourd’hui. J’ai eu envie de me la faire tatouer - et bientôt, je le ferai. Plus le temps passe et plus je la trouve vraie. Chaque jour un peu plus, rien d’autre que soi.
Demain, ce sera le dernier atelier de sophro-écriture de l’année, et peut-être même le dernier tout court, dans le groupe que l’on suit depuis la rentrée, et pour certaines, depuis deux ans. J’ai l’impression qu’on a fait ça aussi. Danser jusqu’à soi. Chacun.e et ensemble à la fois. On s’est étiré.es, donné de la place, on est allé.es se chercher, on s’est autorisé.es. A travers le souffle et les mots, à travers le mouvement et le collectif. Je crois que je suis ému. Je crois que je trouve ça très beau.
J’ai du mal avec le groupe, j’ai du mal avec la place. Ma place. Je ne la trouve pas souvent, je questionne tout le temps. Et pourtant. Rien n’est plus beau que de construire ensemble. Je danse pour que tous les autres corps puissent aussi danser.
Je danse pour que tous les autres corps puissent aussi danser. S’étirer prendre de la place respirer plus fort rêver plus grand pour que tous les autres corps puissent aussi le faire.
Ce dernier atelier, j’ai envie de le partager avec vous aussi. Pour ce qui construit ici, les échanges et les silences, ce qui se lit, ce qui se dit, ce qui ne se dit pas mais qui existe quand même. Si tu souhaites le recevoir, il suffit de m’écrire à noalandret@gmail.com , ou en commentaire de cette lettre. Je t’enverrai le fichier par mail. C’est gratuit, et tu seras libre de partager - ou non - ton texte avec les autres personnes.
N’hésite pas à me partager tes livres doudous, si tu peux, lis Coline Pierré, et prends soin de toi, jusqu’à la prochaine fois !
Noa,
Pour les artistes, les queers, les femmes, les inadaptées, les vieux, les handicapés, les neuroatypiques, les parents, les pauvres, les non-conformes, les dégoûtées du sport.
Coline Pierré, dans Danser jusqu’à soi. Sauf mention contraire, les citations suivantes sont issues du même recueil.


En somme à la méthode Jung tu as mis en route le processus d individuation. Se trouver dans les tréfonds de l inconscient. Faire s aggrandir la part du conscient. Ou peut être trouver dans la confusion des sois , ton moi. Bref tu l'as fait en dansant avec les mots , les tiens ceux des autres , les mots partagés, avec la course ... à pied de longue haleine. Et tu l as fait avec toutes les expériences passées. La route à venir qu elle mène à Rome ou ailleurs semble jalonné de nouvelles joyeuses danses à venir. Je suis admiratif de mes "enfants formidables". 32 ans déjà...Dad.
Encore très bon anniversaire et surtout une belle poursuite de la personne que tu choisis d'être chaque jour ❤️