Les marges
Ce qui ne revient pas avec nous.
Salut toi,
Je reviens par ici, on dirait. Comme avant, mais pas tout à fait. Cette semaine, on va parler du salariat. De la fatigue, des vacances, du retour. De ce qui revient, et surtout, de ce qui ne revient pas. Une partie des textes est inspirée des consignes d’un atelier d’Elise Andrew - merci !
Ps : pour les nouvelleaux (déjà, bienvenue, et merci!), je suis actuellement manager dans un fast-food. Pas par passion. Même si ça va à l’encontre de mes convictions. Mais j’y suis, voilà. Et ça me fait réfléchir. Alors j’écris.
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Couper. Je veux couper. Il faut couper. Je suis fatigué découragé las, j'en ai marre marre marre, et pourtant j'en prends, je m'en rajoute même, tout seul comme un grand - putain mais quel con. Je ne coupe pas. Le soir dans mon lit le dimanche dans le jardin je me dis, et tel fichier, et telle orga, on pourrait faire comme ci et pourquoi pas proposer ça. J'y pense j'y pense, ça m'envahit et bordel ça n'a aucun sens. C'est même pas un truc qui me tient à coeur. Ça pourrait couler que ça me ferait ni chaud ni froid - même, à la rigueur tant mieux si ça marche pas, tant mieux si les gens vont ailleurs. Alors pourquoi?! On pourrait faire mieux. Ça pourrait être mieux organisé, plus optimisé, plus efficace, plus structuré. Ça pourrait et ça l'est pas, et je comprends pas pourquoi, alors qu'il y a des gens dont le métier c'est ça, penser, cadrer, améliorer. Je vois tout ce qui ne va pas, tout ce qui pourrait être autrement et qui ne l’est pas, ça me rend fou : pourquoi on le fait pas ?! Alors je fais.
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Et soudain je suis seul. Enfin pas vraiment seul mais loin. Avec mon fils, téléphone éteint. Plus de frites, de process, d’inventaire, plus de collègues, de plannings, de sécurité alimentaire. Plus rien ni personne - juste mon enfant et la mer.
Clémence Clémence a pris des vacances, Clémence ne fait plus rien. Clémence Clémence a pris des vacances, Clémence va bien.1
En cas de problème, ne comptez pas sur moi. Ne m’appelez pas : je ne répondrai pas. Quand t’es là, j’ai l’esprit tranquille. Quand Noa est là, je me dis, ça va. Ça va. Bien sûr que ça va mais tu sais, ça coûte tout ça. Ça coûte d’être là, être là pour de vrai. Tu vois tout. Pour voir il faut regarder.
Clémence Clémence a pris des vacances, Clémence ne fait plus rien. Clémence Clémence a pris des vacances, Clémence va bien.
Mon enfant au bord du lac, mon enfant dans le désert, mon enfant et la mer. Mon enfant. Mon enfant que j’aime tant. Je veux prendre le temps, toi aussi de te regarder vraiment. Pas entre deux, pas rapidement, pas vite vite et on verra après. Pour voir il faut regarder.


En Espagne, ce qui frappe c’est l’espace. Pouvoir rouler des heures et toujours être en marge. Montagne lac désert, la beauté partout et l’humain très peu. Respirer. Respirer à plein poumons, respirer vraiment, respirer enfin. Les souvenirs remontent comme des bulles de savon. Une odeur, une sensation... Australie, Argentine ? Je ne sais plus toujours où j’étais ni avec qui, reste l’émotion. J’ai vécu ça. Je suis toujours cette personne qui a vécu ça. Je suis là, toujours, au fond de moi.
Regarder. Fraises. Glaces. Châteaux de sable. Tour de manège. Bâtons épée. Chips. Câlins collés. Fauteuil dragon. Tes cheveux blonds. Ta voix qui invente des mondes. Ton rire qui éclate dans les vagues, qui illumine la plage. Ta petite moue au matin. Tes pieds dans le sable mouillé. Chaque jour qui passe mesurer ma chance.
Je suis là, et tu es là, je regarde et je vois, mon amour, toute la chance qu’on a.




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Et puis rentrer. Collègues, process, banalités. Monde étriqué toujours prêt à vous étouffer, mais j’ai une île dans ma tête, pour respirer.
Réunion, innovations à la con et défilé d’hypocrisie, vraiment, faut-il rentrer ?
Parler au patron. Je vais partir, j’ai dit. Trop. Trop d’énergie trop de temps, plus assez pour ce qui compte vraiment. Je veux profiter de mon fils plus de six jours par an, j’ai dit. Il a demandé si quelque chose pourrait me faire changer d’avis.
Peut-être.
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Les livres dans ma bibliothèque, que je viens de ranger. Mes carnets. Mon bureau dans ma chambre à moi, même si pas vraiment chez moi. Je regarde, et je vois : c’est là, toujours au fond de moi, et j’ai besoin d’y être aussi.
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Bref, j’ai pris des vacances, et j’ai réfléchi. Je reviens, petit à petit.
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Je suis rentré. Mais pas tout à fait. Ces vacances ont ouvert une brèche. Un espace. C’est cet espace, ce glissement de la pensée que j’ai envie d’explorer avec vous, au travers du prochain atelier d’écriture : Ce que nous n’osons pas vouloir.
Lundi 11 mai, de 12h à 14h
et Vendredi 29 mai, de 14h à 16h.
En ligne. Ouvert à tous.tes.
Tarif : 5/10/15€, selon tes moyens.
Inscription : noalandret@gmail.com ou 07.68.60.34.24 (WhatsApp, Signal, sms) - ou directement en commentaire de cette lettre!
Je finis par la recommandation de deux livres (parmi tant d’autres), qui m’ont fait cet effet “brèche”, espace, réflexion :
- Bergères, de Florence Debove (dont je vous ai déjà parlé ici je crois)
- Traverser les montagnes et venir naître ici, de Marie Pavlenko (TW, sujet sensible)
Si vous les avez lus, ou si d’autres vous viennent en tête à ce sujet, n’hésitez pas partager votre avis / vos recos en commentaire !
Bon week-end, belle semaine,
On se retrouve dans 15 jours… Ou plus vite en atelier !
Noa
Chanson d’Anne Sylvestre, à laquelle (pardon), je préfère la reprise d’Emma Daumas, dont je comprends mieux la prononciation. Et parce qu’Emma Daumas, c’est mon adolescence.


Trop bien 🥰 Je serai là le 11 !!! Et oui ce livre Traverser la montagne ... 💔❤️🩹💔